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Le remède roumain du mauvais œil -un rituel psychosomatique


Quand un enfant m’attendrit profondément, 9a m'arrive de dire « ptiu ptiu, part mauvais oeil». C’est un réflexe appris de mes grand-mères, de ma mère et de ma tante.


Quand j’étais enfant et que j’allais chez ma tante, qui avait des petits animaux, chaque fois que je m’attachais à eux, elle me disait : « Crache vite, pour ne pas leur porter le mauvais œil. »


Ma grand-mère Gica avait un petit agneau. Nous avons joué avec lui, il nous était très cher, et après notre départ, il est mort. Peut-être parce que nous l’avions trop fatigué, peut-être à cause du mauvais œil, ou pour une autre raison. Pour moi, enfant, cette possibilité est restée.


Un jour, nous avons croisé un voisin connu pour jeter le mauvais œil. On disait que les personnes aux yeux bleus avaient ce pouvoir. Il s’est émerveillé de moi. Après nous être éloignés, j’ai ressenti un vertige et mon visage est devenu pâle. Ma grand-mère Felicia a dit : « Ioane, retournes-toi, tu as ensorcelé ma fille ! » L'homme est revenu etil a répété « ptiu ptiu, je ne veux pas te jeter le mauvais oeil » et a posé de la salive sur mon front avec son doigt. Puis, à la maison, ma grand-mère a fait son propre rituel : elle a allumé trois allumettes qu’elle a éteintes dans l’eau et a récité en soufflant :

« Fuis, mauvais œil, de mes yeux ,

Fuis, maléfice,

Car le vent de ma bouche te poursuivra.  (souffle)

Fuis, ensorcelé,

Car le vent furieux t’atteindra. (souffle)

Fuis, mauvais œil, de mes yeux,

Car le soleil t’atteindra,

Et te coupera les jambes,

Fuis, mauvais œil, du visage,

Du bout du nez,

De la nuque,

Du cerveau,

De la rate,

du cœur,

Et sors, pars,

Car je t’ai exorcisé avec ma bouche (souffle)

,Je t’ai pris avec ma main,

Et je t’ai jeté au vent. (souffle)

Que Julia reste

Pure, lumineuse,

Comme la fleur des champs,

Comme la rosée du matin. » Elle m’a massé fermement le front, entre les sourcils et derrière les oreilles. et a répété trois fois tout.


J’aimais cela. Je me sentais protégée. Elle devenait puissante, elle avait le pouvoir de guérir. C’était comme une poésie, comme un jeu, avec une part de mystère. J’aime aussi le faire pour ma fille. C’est une manière de me reconnecter avec mes grand-mères, avec le village, et c’est quelque chose auquel je tiens, que je veux lui transmettre.


Je crois en sa puissance. J’aime laisser une part inexpliquée. Mais je crois que cela fonctionne car cela implique attention, présence, soin, musicalité, rythme et massage de certains points énergétiques, comme en médecine chinoise. Ces points correspondent à des points d’acupuncture et des méridiens qui, selon la MTC, équilibrent le Qi, avec un effet bioénergétique. L’interaction physique et les éléments naturels – feu, eau et air – produisent un effet holistique, le sentiment de sécurité.


Chez mes grands-parents, j’aimais que ces coutumes n’étaient pas expliquées, elles fonctionnaient. C’étaient des remèdes transmis par l’expérience.


Le rituel a un effet psychosomatique : il apaise le corps et transmet un sentiment de sécurité.

Le fil rouge au poignet, l’eau bénite du matin, la prière du soir, le fait de ne pas laver les vêtements le dimanche ou les jours de fête, le jeûne, une parcelle d’herbe verte à la porte à Pâques — ce sont d’autres habitudes que je respecte, certaines plus que d’autres.

Ma grand-mère avait aussi un rituel basé sur une superstition quand nous voyions un prêtre au loin, mais je ne peux pas le décrire ici. Pourtant, chaque fois que j’en vois un, je me souviens de ses paroles et je ris intérieurement. 🙂 Mes grand-mères étaient très amusantes et joyeuses.


Et vous, quels rituels protecteurs ou de guérison avez-vous hérités de vos grand-parents ?



Photo 2002 à Radinești, département de Gorj, Roumanie, avec mes trésors : mes grand-mères et tante Sabina, sœur de Mamaie Felicia – que Dieu les garde dans la lumière !



 
 
 

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